Coopération et bienveillance face à une incertitude mondialisée

Le covid-19 vient chambouler le fragile équilibre de l’économie mondiale




Le covid-19 vient chambouler le fragile équilibre de l’économie mondiale

L’expansion du corona virus et la danse du confinement et du déconfinement pour près de 4,5 milliards d’individus dans le monde en cette première moitié d’année 2020 (1), nous a fait rentrer dans une ère globale d’incertitude. Pour citer le représentant du constructeur Honda, celui-ci se sent : “incapable de fournir des objectifs basés sur des calculs raisonnables” pour le moment (2). Personne ne sait à quelle sauce le système monde va tourner à court et moyen terme. Système monde, global et inter-dépendant, qui repose sur la théorie d’une croissance infinie dans un monde fini.

Sans mesures particulières de distanciation sociale, les estimations de contaminations et de mortalité sont particulièrement menaçantes : selon le modèle du Imperial College of London, plus d’un demi-million de morts au Royaume-Uni, 2,2 millions aux Etats-Unis (3). Les gouvernements n’ont donc pas eu le choix que de limiter les dégâts avec un confinement des populations qui peuvent l’être, c’est à dire en dehors des secteurs du transport, de l’alimentation et ceux de la santé.

Le déconfinement n’est pas sans risque, l’Allemagne et l’Iran qui ont commencé le déconfinement plus tôt que les autres ont eu des augmentations de nouveaux cas de covid-19. A Wuhan, malgré 1 mois sans nouveaux cas, 6 nouvelles infections ont été recensées en ce début de semaine du 11 mai.


Covid…tes poches! Vers un renforcement de la dys-société?

Même la première puissance mondiale ne sait plus par quel bout gérer le problème (4) : la santé des populations ? la reprise du travail ? la stabilité économique avec un revenu de base ? Le manque de coordination entre le pouvoir fédéral américain et les gouverneurs des États américains est préjudiciable aux concitoyens nord-américains. Certains, notamment à New-York, exigent même de ne plus payer de loyer (avec le mouvement “Cancel rent”), faute de pouvoir boucler les fins de mois (5) (6). En France, le chômage partiel coûte cher, ce qui implique que le confinement a depuis le début une date de péremption… (7) Le président brésilien Jair Bolsonaro ne s’embarrasse plus du confinement et a choisi de sauver les emplois (8).

En Inde, certains gouvernements régionaux font le choix de défaire le droit du travail afin d’attirer les investissements étrangers : dans l’État du Gujarat, les journées de travail passeraient ainsi de 8 à 12h, tandis que dans l’État du Madhya Pradesh, les entreprises de moins de 40 salariés ne seraient plus tenues de respecter les normes de sécurité industrielle et les nouvelles usines seraient exemptées des règles basiques d’accès aux toilettes ou de congés payés – et plus besoin non plus d’informer le ministère du Travail en cas d’accident du travail (9).

En France, les gilets jaunes des dernières manifestations sociales seraient essentiellement du personnel soignant, des chauffeurs routiers, les caissiers de supermarché, etc…. Ce sont les héros d’une crise qui, malgré eux, maintiennent un système qu’ils décrient et envers lequel plus beaucoup de personnes ne croient. Les grilles de salaires sont depuis des années inversement proportionnel à l’utilité sociale (un éboueur et infirmier gagnent beaucoup moins qu’une personne dont le boulot est d’attirer votre attention sur une page web ou d’un publiciste). En venant perturber le marché de l’offre et la demande, le covid-19 est également devenu une menace sérieuse pour la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale (10).


Entraide et cohésion sociale

Dans la crise du covid-19, toutes les personnes qui sont autonomes énergétiquement et en auto-suffisance alimentaire bénéficient d’un certain avantage en terme d’approvisionnement et de diminution du risque d’infection. Si vous êtes en capacité de produire votre propre nourriture et si vous ne dépendez pas du réseau d’eau ou d’électricité public, vous êtes non seulement protégé de rupture d’approvisionnement, vous êtes aussi protégé d’une infection car votre nourriture n’est pas préparée par une tierce personne qui pourrait être infecté ou encore parce que la personne qui vient réparer quelque chose chez vous pourrait être infectée. Globalement, moins vous avez besoin de personnes, mieux c’est pour votre sécurité.

Tout ce qui était un avantage dans notre économie globale lourdement spécialisée et inter-dépendante, est devenue maintenant un désavantage, ou a minima une fragilisation plus importante, – et vice-versa: plus vous avez acquis une certaine autonomie moins vous avez de risques. Ainsi la responsabilité et l’autonomisation des personnes est une nécessité autant individuelle que sociétale, car sans un certain niveau de liberté, nous nous sentirions (et serions) contraints et forcés de dépendre des autres.

Toutefois, il est important de nuancer ce besoin d’autonomie. Devenir (ou être) autonome ne retire rien à la nécessité de l’entraide et de la bienveillance envers autrui:

  • premièrement car il serait illusoire de penser pouvoir atteindre une autonomie complète dans une civilisation aussi avancée que la nôtre,

  • deuxièmement parce qu’il serait impossible de penser devenir heureux si les personnes qui nous entourent ne le sont pas.

Dans les changements qui se profilent et dans notre manière de vivre ensemble dans ce « Monde d’après », peut-on construire un monde plus juste, basé sur la contribution sociale et environnementale?

Objectifs de développement durable et justice sociale

Tandis que le gouvernement français continue sa feuille de route de l’avenir en privatisant l’Office National des Forêts (11) et en injectant quelques 7 milliards d’euros à Air France et 5 milliards pour Renault pour une reprise d’activités “sans aucune contrepartie environnementale ou sociale” (12), peut-on réellement espérer que les grandes entreprises cotées en Bourse deviennent les garantes du bien commun et en particulier des patrimoines naturels et culturels?

Depuis quelques décennies, les États ont montré une incapacité à gérer les problèmes transnationaux. L’avenir climatique et environnemental n’est pas radieux. Si vous l’ignorez, pour vous renseigner sur l’effondrement possible de notre civilisation lié à une destruction de l’environnement et le climat vous pouvez lire ce qu’il s’est déjà produit pour quelques civilisations par le passé (13) et qu’il devrait advenir pour nous tous d’ici une à deux décennies (14) . Selon Jancovici, exprimé de manière un peu rude, il faudrait l’effet cumulé d’un covid-19 tous les ans en terme de diminution des émissions de gaz à effet de serre pour n’avoir que +2°C de réchauffement à l’horizon 2100(15)… Bref, si les gouvernements ne sont pas efficaces et que les efforts sont élevés. Comment et quoi faire ?

Pour prendre le contre-pied de ce marasme socio-sanito-économique conjoncturel, des solutions justes et rassurantes amenant à la mise en mouvement, la responsabilité et à l’autonomie des communautés humaines sont les initiatives locales illustrées par des films comme “Demain” (16) ou encore “Solutions locales pour un désordre global” (17). Dans ce contexte, l’intelligence collective (IC) globale au service de la gouvernance partagée peut être considérée comme une réponse. C’est une “technologie” humaine pour la souveraineté des individus et des communautés dans leurs prises de décision. Appuyée des technologies de la communication et de l’information (TIC), et notamment par des IA éthiquement responsables (18), l’IC devient une surcouche de conscience à l’internet que nous connaissons aujourd’hui.

Si le développement durable se joue sur le temps long, alors il vient forcément s’immiscer dans nos croyances, un peu comme une religion. Aujourd’hui, l’incitation des citoyens vers des comportements plus vertueux passe nécessairement par une valorisation et une reconnaissance de leurs actions environnementales, et notamment par une rétribution juste des efforts menés sur les modes de vie et modes de travail. La culpabilité que nous assène les gouvernements et grands groupes comme Coca-Cola sur la manière dont les individus sont responsables des déchets plastiques, ou encore sur les moyens de transports que nous devions utiliser, n’est pas efficace. Aujourd’hui, les (crypto-)monnaies locales peuvent devenir des flux d’échanges plus justes au niveau des citoyens en terme de valeur, en intégrant l’environnement et le climat dans les économies et productions locales.

La diversification des moyens de production, l’apprentissage par le “faire” et de le droit de réparer les objets (19), est également un des impératifs sociétaux de notre époque. Le projet “Réalise tes Rêves” (RtR) (20), dans lequel le LICA est engagé auprès de ses partenaires de consortium, tente de répondre à ces enjeux en encapacitant les personnes autour de la low-tech et des enjeux globaux de l’environnement et du climat – c’est à dire de développement durable, puisqu’au fond c’est de cela qu’il s’agit. Le projet RtR a pour but de développer l’autonomie des personnes les plus éloignées de l’emploi. Nous sommes confrontés à une obsolescence du savoir technologique de plus en plus rapide et il y a nécessité d’autonomiser les personnes par l’apprentissage via des méthodes pédagogiques innovantes. L’accompagnement des communautés vers des formes de création d’entreprises solidaires, telles que les sociétés coopératives, et vers des communautés apprenantes (21) font également parti des objectifs du projet RtR et du LICA en particulier.

Cette crise mondiale du coronavirus, en soulignant les faiblesses d’un monde globalisé interdépendant, doit être prise comme une opportunité de faire des ajustements vers un “Monde d’après” en préparation des grandes crises climatiques potentielles à venir, et dont les pandémies font partie !(22). Pour le climat comme pour le coronavirus, il est non seulement nécessaire d’augmenter notre autonomie en tant qu’individus et en tant que communautés, mais aussi d’augmenter notre capacité collective de coopération et d’entraide pour arriver aux objectifs de développement durable.

Sources :

1. Plus de 4,5 milliards d’humains confinés à la mi-avril selon l’AFP, soit près de 6 humains sur 10.

2. RFI: “ Le Monde face à la pandémie mardi 12 mai

3. Publication de Imperial College of London

4. RFI: Face au corona virus, la défaillance de la première puissance mondiale

5. “The Cancel Rent movement”

6. Citylab: ‘Cancel the Rent’ Could Be Just the Beginning

7. Le Monde: Le chômage partiel coûte 1,2 milliards par mois pour les ménages

8. UK Reuters: Brazil’s Bolsonaro urges no more coronavirus quarantine, says jobs being lost

9. RFI: “ Le Monde face à la pandémie mardi 12 mai

 10. Émission “Géopolitique, le débat” sur RFI: Covid-19 et insécurité alimentaire.  

11. Pétition par ici: et article par là

12. Le Monde: “ Coronavirus : « 7 milliards d’euros pour Air France, sans contrepartie environnementale ou sociale », voilà qui pose question”

13. Jared Diamond: Effondrement

14.  Pablo Servigne: “Comment tout peut s’effondrer”

15.JM Jancovici sur le plateau télé de France 2: “pour arriver à l’objectif d’un réchauffement global du climat de seulement +2°C en 2100, il faudrait l’équivalent des effets cumulés d’un covid-19 tous les ans”… ça donne une perspective de ce que nos vies vont traverser dans le demi-siècle à venir  

16. https://www.demain-lefilm.com/

17. https://www.colibris-lemouvement.org/projets/films/solutions-locales-pour-un-desordre-global

18. Sur lequel le LICA travaille

19. Le mouvement international “Right to repair” est incarné en France par le projet 100% inclusion “Réalise tes Rêves”:

20. https://rtrexperience.org/

21. “Vers une société apprenante : rapport sur la recherche et développement de l’éducation tout au long de la vie”. Catherine Becchetti-Bizot, Guillaume Houzel et François Taddei ont remis le rapport au gouvernement français le 5 avril 2017.

22 GIEC, mai 2018: Résumé à l’intention des décideurs.

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